1. VIII

    VIII

  2. LE REPENTIR

    REPENTANCE

  3. Blondine était stupéfaite; sa conduite lui apparut dans toute son horreur: elle avait été ingrate envers des amis qui s'étaient dévoués à elle, qui avaient passé sept ans à soigner son éducation.

    Blondine was stupefied; her conduct appeared to her in all its horror: she had been ungrateful to friends who were devoted to her, who had spent seven years attending to her education.

  4. Ces amis voudraient-ils la recevoir, lui pardonner?

    Would these friends be willing to receive her, to forgive her?

  5. Que deviendrait-elle si leur porte lui était fermée?

    What would become of her if their door was closed to her?

  6. Et puis, que signifiaient les paroles du méchant Perroquet:

    And then, what did the words of the wicked Parrot mean:

  7. «Tu as causé la perte de tes amis»?

    “You have caused the ruin of your friends”?

  8. Elle voulut se remettre en route pour retourner chez Bonne-Biche: les ronces et les épines lui déchiraient les bras, les jambes et le visage; elle continua pourtant à se faire jour à travers les broussailles, et, après trois heures de marche pénible, elle arriva devant le palais de Bonne-Biche et de Beau-Minon.

    She wanted to set off again to return to Bonne-Biche's house: the briars and thorns tore her arms, her legs, and her face; yet she continued to make her way through the brushwood, and, after three hours of painful walking, she arrived before the palace of Bonne-Biche and Beau-Minon.

  9. Que devint-elle quand, à la place du magnifique palais, elle ne vit que des ruines; quand, au lieu des fleurs et des beaux arbres qui l'entouraient, elle n'aperçut que des ronces, des chardons et des orties?

    What became of her when, in place of the magnificent palace, she saw only ruins; when, instead of the flowers and fine trees that surrounded it, she perceived only briars, thistles, and nettles?

  10. Terrifiée, désolée, elle voulut pénétrer dans les ruines pour savoir ce qu'étaient devenus ses amis.

    Terrified and grief-stricken, she wanted to enter the ruins to find out what had become of her friends.

  11. Un gros Crapaud sortit d'un tas de pierres, se mit devant elle et lui dit:

    A large Toad came out of a heap of stones, stood before her, and said to her:

  12. «Que cherches-tu? N'as-tu pas causé, par ton ingratitude, la mort de tes amis? Va-t'en; n'insulte pas à leur mémoire par ta présence.

    “What are you looking for? Have you not caused, through your ingratitude, the death of your friends? Go away; do not insult their memory with your presence.

  13. --Ah! s'écria Blondine, mes pauvres amis, Bonne-Biche, Beau-Minon, que ne puis-je expier par ma mort les malheurs que j'ai causés!» Et elle se laissa tomber, en sanglotant, sur les pierres et les chardons; l'excès de sa douleur l'empêcha de sentir les pointes aiguës des pierres et les piqûres des chardons. Elle pleura longtemps, longtemps; enfin elle se leva et regarda autour d'elle pour tâcher de découvrir un abri où elle pourrait se réfugier; elle ne vit rien que des pierres et des ronces.

    “Ah!” cried Blondine, “my poor friends, Bonne-Biche, Beau-Minon, why can I not expiate by my death the misfortunes I have caused!” And sobbing, she let herself fall upon the stones and thistles; the excess of her grief prevented her from feeling the sharp points of the stones and the stings of the thistles. She wept for a long, long time; at last she rose and looked around her to try to discover a shelter where she might take refuge; she saw nothing but stones and briars.

  14. «Eh bien, dit-elle, qu'importe qu'une bête féroce me déchire ou que je meure de faim et de douleur, pourvu que j'expire ici sur le tombeau de Bonne-Biche et de Beau-Minon?»

    “Well,” she said, “what does it matter if a wild beast tears me apart or if I die of hunger and grief, provided I expire here upon the tomb of Bonne-Biche and Beau-Minon?”

  15. Comme elle finissait ces mots, elle entendit une voix qui disait: «Le repentir peut racheter bien des fautes».

    As she finished these words, she heard a voice saying: “Repentance can redeem many faults.”

  16. Elle leva la tête, et ne vit qu'un gros Corbeau noir qui voltigeait au-dessus d'elle.

    She raised her head, and saw only a large black Raven fluttering above her.

  17. «Hélas! dit-elle, mon repentir, quelque amer qu'il soit, rendra-t-il la vie à Bonne-Biche et à Beau-Minon?

    “Alas!” she said, “will my repentance, however bitter it may be, restore life to Bonne-Biche and Beau-Minon?

  18. --Courage, Blondine! reprit la voix; rachète ta faute par ton repentir; ne te laisse pas abattre par la douleur.» La pauvre Blondine se leva et s'éloigna de ce lieu de désolation: elle suivit un petit sentier qui la mena dans une partie de la forêt où les grands arbres avaient étouffé les ronces; la terre était couverte de mousse. Blondine, qui était épuisée de fatigue et de chagrin, tomba au pied d'un de ces beaux arbres et recommença à sangloter.

    “Courage, Blondine!” resumed the voice; “redeem your fault through your repentance; do not let yourself be cast down by grief.” Poor Blondine rose and went away from that place of desolation: she followed a little path which led her into a part of the forest where the tall trees had choked out the briars; the ground was covered with moss. Blondine, who was exhausted with fatigue and sorrow, fell at the foot of one of these fine trees and began to sob again.

  19. «Courage, Blondine, espère!»

    “Courage, Blondine, have hope!”

  20. lui cria encore une voix. Elle ne vit qu'une Grenouille qui était près d'elle et qui la regardait avec compassion. «Pauvre Grenouille, dit Blondine, tu as l'air d'avoir pitié de ma douleur. Que deviendrai-je, mon Dieu! à présent que me voilà seule au monde?

    a voice called to her again. She saw only a Frog that was near her and looking at her with compassion. “Poor Frog,” said Blondine, “you seem to take pity on my sorrow. What will become of me, my God, now that I am alone in the world?

  21. --Courage et espérance!» reprit la voix. Blondine soupira; elle regarda autour d'elle, tâcha de découvrir quelque fruit pour étancher sa soif et apaiser sa faim. Elle ne vit rien et recommença de verser des larmes. Un bruit de grelots la tira de ses douloureuses pensées; elle aperçut une belle vache qui approchait doucement, et puis, étant arrivée près d'elle, s'arrêta, s'inclina et lui fit voir une écuelle pendue à son cou. Blondine, reconnaissante de ce secours inattendu, détacha l'écuelle, se mit à traire la vache, et but avec délices deux écuelles de son lait. La vache lui fit signe de remettre l'écuelle à son cou, ce que fit Blondine; elle baisa la vache sur le cou et lui dit tristement: «Merci, Blanchette; c'est sans doute à mes pauvres amis que je dois ce secours charitable; peut-être voient-ils d'un autre monde le repentir de leur pauvre Blondine, et veulent-ils adoucir son affreuse position.

    “Courage and hope!” resumed the voice. Blondine sighed; she looked around her, trying to discover some fruit to quench her thirst and satisfy her hunger. She saw nothing and began to shed tears again. A tinkling of bells rouse her from her painful thoughts; she perceived a handsome cow softly approaching, and then, having arrived near her, stopped, bowed, and showed her a bowl hanging from its neck. Blondine, grateful for this unexpected help, unfastened the bowl, set about milking the cow, and drank two bowlfuls of its milk with delight. The cow gestured for her to replace the bowl on its neck, which Blondine did; she kissed the cow on the neck and said sadly to it: “Thank you, Blanchette; it is no doubt to my poor friends that I owe this charitable help; perhaps they see from another world the repentance of their poor Blondine, and wish to soften her dreadful position.

  22. --Le repentir fait bien pardonner des fautes, reprit la voix.

    “Repentance truly causes faults to be forgiven,” resumed the voice.

  23. --Ah! dit Blondine, quand je devrais passer des années à pleurer ma faute, je ne me la pardonnerais pas encore: je ne me la pardonnerai jamais.» Cependant la nuit approchait. Malgré son chagrin, Blondine songea à ce qu'elle ferait pour éviter les bêtes féroces dont elle croyait déjà entendre les rugissements. Elle vit à quelques pas d'elle une espèce de cabane formée par plusieurs arbustes dont les branches étaient entrelacées; elle y entra en se baissant un peu, et elle vit qu'en relevant et rattachant quelques branches elle s'y ferait une petite maisonnette très gentille; elle employa ce qui restait de jour à arranger son petit réduit: elle y porta une quantité de mousse dont elle se fit un matelas et un oreiller; elle cassa quelques branches qu'elle piqua en terre pour cacher l'entrée de sa cabane, et elle se coucha brisée de fatigue. Elle s'éveilla au grand jour. Dans le premier moment elle eut peine à rassembler ses idées, à se rendre compte de sa position; mais la triste vérité lui apparut promptement, et elle recommença les pleurs et les gémissements de la veille. La faim se fit pourtant sentir. Blondine commença à s'inquiéter de sa nourriture, quand elle entendit les grelots de la vache. Quelques instants après, Blanchette était près d'elle. Comme la veille, Blondine détacha l'écuelle, tira du lait et en but tant qu'elle en voulut. Elle remit l'écuelle, baisa Blanchette et la vit partir avec l'espérance de la voir revenir dans la journée. En effet, chaque jour, le matin, à midi et au soir, Blanchette venait présenter à Blondine son frugal repas. Blondine passait son temps à pleurer ses pauvres amis, à se reprocher amèrement ses fautes.

    “Ah!” said Blondine, “even if I were to spend years weeping for my fault, I still would not forgive myself for it: I will never forgive myself for it.” Meanwhile night was approaching. Despite her grief, Blondine pondered what she would do to avoid the wild beasts whose roars she already thought she could hear. A few paces away she saw a sort of hut formed by several shrubs whose branches were intertwined; she entered it by stooping a little, and she saw that by raising and tying back a few branches she could make herself a very pleasant little shelter; she used what remained of daylight to arrange her small retreat: she carried in a quantity of moss with which she made a mattress and a pillow; she broke off a few branches which she stuck into the ground to hide the entrance of her hut, and she lay down broken with fatigue. She awoke in broad daylight. At first she had difficulty gathering her thoughts, realizing her position; but the sad truth soon appeared to her, and she began once more the tears and lamentations of the previous day. Hunger, however, made itself felt. Blondine began to worry about her food, when she heard the cow's bells. A few moments later, Blanchette was beside her. As on the day before, Blondine unfastened the bowl, drew milk, and drank as much of it as she wanted. She replaced the bowl, kissed Blanchette, and watched her depart with the hope of seeing her return during the day. Indeed, every day, morning, noon, and evening, Blanchette came to present Blondine with her frugal meal. Blondine spent her time weeping for her poor friends, bitterly blaming herself for her faults.

  24. «Par ma désobéissance, se disait-elle, j'ai causé de cruels malheurs qu'il n'est pas en mon pouvoir de réparer; non seulement j'ai perdu mes bons et chers amis, mais je me suis privée du seul moyen de retrouver mon père, mon pauvre père qui attend peut-être sa Blondine, sa malheureuse Blondine, condamnée à vivre et à mourir seule dans cette affreuse forêt où règne mon mauvais génie!»

    “Through my disobedience,” she said to herself, “I have caused cruel misfortunes that it is not in my power to repair; not only have I lost my good and dear friends, but I have deprived myself of the only means of finding my father, my poor father who is perhaps waiting for his Blondine, his unfortunate Blondine, condemned to live and die alone in this dreadful forest where my evil genius reigns!”

  25. Blondine cherchait à se distraire et à s'occuper par tous les moyens possibles; elle avait arrangé sa cabane, s'était fait un lit de mousse et de feuilles; elle avait relié ensemble des branches dont elle avait formé un siège; elle avait utilisé quelques épines longues et fines pour en faire des épingles et des aiguilles; elle s'était fabriqué une espèce de fil avec des brins de chanvre qu'elle avait cueillis près de sa cabane, et elle avait ainsi réussi à raccommoder les lambeaux de sa chaussure, que les ronces avaient mise en pièces. Elle vécut de la sorte pendant six semaines. Son chagrin était toujours le même, et il faut dire à sa louange que ce n'était pas sa vie triste et solitaire qui entre tenait cette douleur, mais le regret sincère de sa faute: elle eut volontiers consenti à passer toute sa vie dans cette forêt, si par là elle avait pu racheter la vie de Bonne-Biche et de Beau-Minon.

    Blondine sought to distract and occupy herself by every possible means; she had arranged her hut, made herself a bed of moss and leaves; she had bound branches together to form a seat; she had used a few long, fine thorns to make pins and needles; she had made a kind of thread out of hemp stalks she had gathered near her hut, and had thus succeeded in mending the rags of her shoes, which the briars had torn to pieces. She lived in this manner for six weeks. Her grief remained unchanged, and it must be said to her credit that it was not her sad and lonely life that sustained this sorrow, but sincere regret for her fault: she would have willingly consented to spend her whole life in this forest, if by doing so she could have redeemed the lives of Bonne-Biche and Beau-Minon.